En guise de commentaire au dernier billet estival de Stéphane.

Tavelure est un mot que j'aime beaucoup. Je l'emploie souvent pour décrire l'aspect d'images que j'aime, mais m'en suis fait une définition qui n'est pas celle du dictionnaire. J'ai croisé ce mot il y a bientôt vingt ans, dans une revue aujourd'hui disparue, Photographie Magazine. Dominique Gaessler l'employait dans un texte introductif à quelques photographies de Thierry Demarquest. Je possède toujours cette revue (le numéro 59 de juin 1994, ça ne me rajeunit pas !), aussi puis-je en livrer ici l'extrait :

Ses tirages, tavelés de fines et subtiles marbrures, jaunis par le virage sont les évocations d'un passé, une situation pour le moins paradoxales pour des photographies de mode, ce qu'ils affirment indéniablement.

Ignorant ce qu'étaient des tavelures, et ne cherchant pas à en savoir plus en ouvrant un dictionnaire, je me suis figuré l'aspect visuel de la chose à l'aide des quelques images du portfolio. Ma définition du mot était faite et elle me suffisait alors. Ce n'est que de nombreuses années plus tard que j'ouvris un dictionnaire pour en savoir la définition exacte. Je réalisais alors que ce que je prenais pour tavelé s'apparentait plus à l'aspect de la peau d'orange (oui, celle de la peau humaine) ou encore l'aspect doucement irrégulier des jeux lumineux sur les anciens cuivres martelés. Peut-être aussi parce que la sonorité des mots me les fait associer : tavelé, martelé, comme si tavelé était un doux martelage sur une image.

Aussi voilà, l'image a imprimé le mot et tavelure est tombé du dictionnaire officiel pour enrichir celui de mes mots intimes et entrer dans mon histoire. Dans cette heureuse chute, il se trouve que la tavelure, la vraie, renvoie elle aussi à un aspect particulier de la peau, de ses défauts et de son vécu.

Hier, allant faire mes courses, je me garais près d'un pommier rustique. Je m’arrêtais alors un instant pour regarder ses fruits ; ils étaient tavelés.